01/05/2025
Ce billet sera notre rendez-vous, une semaine sur deux, pour creuser une thématique du travail qui m’interpelle, figer mes apprentissages et ouvrir un débat avec vous - quelle que soit votre génération ou votre travail.
Cette newsletter s’appelle 1er-Mai (écrit comme ça, comme le 14-Juillet ou le 11-Novembre, comme on écrit les jours officiels et intemporels). Mais pourquoi ?
Car le 1er mai rime avec le printemps, il annonce un nouveau mois, il me rappelle mai 68 et m’évoque une fête, du militantisme, des luttes pour un monde meilleur. Le 1er mai, c’est joyeux, sérieux, engagé. Joyeux, sérieux, engagé… peut-être comme moi aussi.
Le 1er-Mai, c’est aussi la journée internationale des travailleurs, un jour férié et chômé, une tradition internationale, un marqueur commun dans nos calendriers. Et c’est… la fête du travail. Ce travail central et secondaire, alimentaire et passionnant, vertueux et destructeur. Ce travail qui se conjugue à tous les temps et se décline au singulier et au pluriel. Le travail a son jour de fête : quelle drôle d’idée !
Le travail m’a toujours interpellé : Pourquoi ? Pour quoi ? Avec qui ? Où ? Comment ? Mais, je l’ai vraiment découvert en 2020 à la fin de mes études, en plein confinement. Mon travail à moi, celui qui me permet de gagner ma vie, je l’ai toujours créé de toutes pièces et combiné à mes passions. Je l’ai exploré avec une première entreprise, Vocation, un média pour informer et accompagner ceux qui commençaient leur vie active. A travers les parcours et témoignages des autres, j’ai découvert le travail avec un grand T. Puis avec Youth Forever, une association qui informe et forme jeunes et employeurs et favorise la cohésion intergénérationnelle pour appuyer la transformation des organisations, que j’ai créé en 2021 et dirigé depuis 3 ans et demi.
J’ai 28 ans, je suis parisienne et entrepreneure (plus sur moi à la fin de cette première édition !). Ma vision du travail est donc forcément biaisée même si étudier le travail est mon métier. Ici, je vous parlerai de moi mais aussi des études que je lis, des rencontres de chercheurs sociologues, économistes, anthropologues, juristes et tous les autres, des conversations que j’ai sur le terrain avec les premiers concernés. J’aime dire que je suis une éponge, très consciente que d’autres savent souvent mieux que moi. Mon rôle est de poser les bonnes questions et de vous partager haut et fort les meilleures réponses.
Cette première édition, je la dédie à la fête éponyme de ce billet : le 1er-Mai.
Bonne lecture et bonne fête du travail,
Jasmine
PS1 : N’hésitez pas à m’écrire pour me faire vos retours, poser vos questions ou ouvrir le débat, en répondant à ce mail ou en m’écrivant sur Linkedin
PS2 : Tous les éléments graphiques et la direction artistique de ce billet ont été réalisés par la très talentueuse Pauline Mouchet. Vous pouvez la contacter de ma part !
Odeur de muguet et d’herbe coupée, rayon de soleil et légère brise, bruit de foule et de grondements de tambours, le réveil ne sonnera pas aujourd’hui.
C’est la première fête du travail que nous allons fêter ensemble ! Le 1er-Mai c’est un jour de repos avant tout, qui ouvre le bal des jours fériés, des ponts et du début de l’été. Au lycée, c’était le début d’un agenda en gruyère. Au travail, c’est l’heure des congés bien placés pour optimiser ses jours de vacances.
Plus personnellement, le 1er mai m’appelle aux devoirs familiaux, d’un mois de mai qui ressemble à Noël en cumulant les anniversaires de mes parents, de ma soeur, de mes grands-mères… mais pas de moi, celle du mois d’octobre.
Plus qu’un jour férié, plus qu’un jour de fête de famille, que représente le 1er-Mai ? Pour lancer cette newsletter, je devais bien m’intéresser à ce jour si intriguant. D’où vient la fête du travail ? Pourquoi le premier mai ? Journée internationale des travailleurs : comment ça se passe à l’étranger ? Et quelle actualité pour ce jour tant attendu en 2025 ?
L’histoire du 1er-Mai ressemble à celle d’une très belle fête : des souvenirs flous et chacun sa version des événements. J’ai mis en commun les articles de médias français et étrangers, le travail de quelques historiens (comme André Larané ou Fabrice D’Almeida) et (je ne vais pas m’en cacher !) les conclusions de ChatGPT. J’en déduis la frise chronologique suivante :
Il y a fort longtemps : de nombreuses fêtes du printemps sont fêtées début mai, notamment dans la culture celtique, mais sans lien avec le travail.
L’histoire de notre 1er-Mai commence aux Etats-Unis :
01/05/1886 : 200 000 travailleurs américains obtiennent la journée de 8 heures après deux années de revendications. Le jour du 1er mai est choisi en symbole, correspondant au premier jour de l’année comptable des entreprises américains de l’époque et ainsi des renouvellements des contrats de travail. Les jours suivants sont sanglants (les 3 et 4 mai notamment, surnommés le massacre de Haymarket).
Puis en France, trois ans plus tard :
1889 : à l'occasion du centenaire de la Révolution française, en 1889, lors de la IIe Internationale Socialiste à Paris et sous l'impulsion de Jules Guesde, il est décidé de faire du 1er mai une journée de lutte pour la défense des droits des travailleurs. La date aurait été choisie en hommage aux victimes des événements américains. Elle est célébrée pour la première fois le 1er mai 1890.
01/05/1891 : la manifestation du 1er mai tourne au drame avec la fusillade de Fourmies dans le Nord qui se termine par la mort d'une dizaine de manifestants
23/04/1919 : le 1er-Mai devient chômé sous Clémenceau, au moment de l’adoption de la journée de huit heures, 13 ans après la création du ministère du Travail en 1906
1920-1939 : le 1er mai rassemble et devient le lieu de grandes manifestations collectives, à l’image de celle du 1er mai 1936 qui marque une grande fête pendant l’élection du Front Populaire (ou 1937, les historiens ne sont pas tout à fait d’accord !)
1941 : sous le régime de Vichy, le 1er mai devient chômé en tant que “Fête du Travail et de la Concorde Sociale” mais disparaît au moment de la Libération
30/04/1947 : le 1er mai redevient jour férié dans la loi (loi 47-778)
29/04/1948 : le 1er mai devient la “Journée Internationale des Travailleurs” (loi 48-746), jour férié, chômé et payé, vite rebaptisé la “Fête du Travail”
1949-1954 : les manifestations se multiplient sous l’influence des différentes forces politiques, souvent en parallèle des grandes manifestations syndicales
1954-1968 : les défilés du 1er-Mai sont suspendus pendant la guerre d’Algérie
01/05/1968 : Retour des défilés en 1968 (le comble n’est-ce pas ?) autour de fortes revendications contre la guerre du Vietnam. Cette journée lance les événements de mai 1968 !
Depuis 1968, chaque année le 1er mai est célébré (à l’exception du 1er mai 2020, confinés), illustrant l’actualité française du travail
Le 1er-Mai est et a toujours été très politique. Quelques exemples :
En 2002, plus de 1300000 manifestants se réunissent en France dans l’entre-deux-tours présidentiel contre la présence de Jean-Marie Le Pen. Le traditionnel 1er-Mai syndical devient une mobilisation nationale “anti-FN”.
En 2012, Sarkozy organise un grand meeting au Trocadéro. Avant lui, le Général de Gaulle a tenu de nombreux rallyes les 1ers mai. Les exemples sont nombreux, à travers les bords politiques.
En 2023, le 1er mai devient une journée historique de mobilisation dans le cadre des manifestations contre la réforme des retraites.
Ce n’est pas l’angle qui va le plus nous intéresser dans ces billets, mais comme travail et politique sont intimement liés, nous ne pourrons pas l’ignorer. Surtout vu l’actualité du travail de ce 1er mai 2025 !
Le 1er-Mai est aussi le jour du muguet. Symbole du printemps et des beaux jours, on offre le 1er mai du muguet comme porte-bonheur. Le muguet s’est imposé pendant l’entre-deux-guerres après l’églantine et le port d’un triangle rouge à la boutonnière. Sa vente a d’ailleurs longtemps permis de financer les manifestations de la journée voire certains partis politiques. Pas si innocent ce joli muguet !
La fête du travail est célébrée dans plus de 110 pays, même si pas partout fériée ou chômée.
En Allemagne par exemple, le 1er mai est férié, et c’est autant l’occasion de manifestations syndicales qu’une fête du printemps. Il est aussi férié en Italie, en Espagne, en Russie mais encore en Chine, au Brésil… bref, dans plus de 80 pays du monde.
Les Américains eux, ont choisi de fêter le Labor Day le premier lundi de septembre pour ne pas faire référence aux massacres qui ont suivi les manifestations du 1er mai 1886 à Chicago. Les Canadiens aussi le fêtent à la rentrée. En Angleterre, c’est en mai mais pas nécessairement le 1er, à la place, ce sera le premier lundi du mois de mai. Chacun sa recette mais la journée du travail perdure partout dans le monde !
Le 1er Mai est fêté pour commémorer les luttes historiques des mouvements ouvriers et syndicaux et fêter les progrès réalisés par les travailleurs dans le monde entier. Il nous permet chaque année de faire l’état des lieux de notre rapport au travail. J’en profite toujours d’ailleurs pour faire comme au nouvel an, mon bilan et mes “résolutions” professionnelles.
A l’origine, un des slogans des premières revendications du 1er-Mai était : "huit heures de travail, huit heures de récréation, huit heures de repos". Plus d’un siècle plus tard, le contexte a changé mais les débats autour du travail - les horaires, l’équilibre de vie, la santé, les loisirs, le pouvoir des employeurs, le rapport de force des travailleurs… - sont toujours d’actualité.
D’ailleurs, cette année 2025 n’échappe pas à la règle dans le contexte d’une proposition de loi pour permettre à certains établissements et services de travailler le 1er-Mai - loi contre laquelle s’insurgent les syndicats qui veulent défendre à tout prix ce droit acquis non sans peine pendant les 150 dernières années.
Le 1er-Mai est, et a toujours été, source de débat. Et ça m’a beaucoup plu pour cette newsletter.
Maintenant que le travail de mémoire est fait, tournons-nous vers le futur. Que devrions-nous fêter dans le travail ? Contre quoi devrions-nous lutter ? Et vous, que vous évoque le 1er-Mai ? Autant de questions que nous allons aborder ensemble pour construire un futur du travail que nous célébrerons avec joie les prochains 1ers mai.
Dans chaque billet, je vous partagerais en vrac quelques ressources en lien de près ou de loin au travail qui m’ont plu pendant ces dernières semaines :
Le magnifique documentaire Promesse par Laurène et Thomas Hug De Larauze, à voir au cinéma depuis le 23 avril, une véritable leçon de vie d’un frère jumeau qui produit le film que sa soeur jumelle décédée d’une leucémie lui a promis de terminer. Foncez au cinéma pour le voir et les soutenir !
Cet article des Echos du 16/04/25 « Ce serait une folie de se priver de ces talents » : ces entreprises qui rappellent leurs retraités à la rescousse
La dernière étude de l’équipe Axa Foresight What if… we experienced the future?
Le documentaire Skills: make it work de mon ami Samuel Durand, disponible depuis le 8 avril
Dans chaque édition, j’associerai le jour d’envoi à quelques mots clés pour décrire l’ambiance du jour en question. Pour me présenter, je veux faire pareil. Si vous voulez une biographie plus scolaire, rdv sur Linkedin.
Je suis : une jeune femme de 28 ans ; française et britannique (le meilleur de Molière et Shakespeare !) ; une balance ascendant scorpion ; la tête à Paris, le cœur au bord de la Méditerranée ; une éternelle amoureuse ; l’aînée de sa fratrie ; une entrepreneure, en créant une entreprise de média avec Vocation puis en dirigeant une association, Youth Forever ; un porte-parole, sur LinkedIn, en conférences, en événement, dans les médias mais aussi un haut-parleur pour donner la parole aux autres ( avec le podcast, les événements, les réseaux) ; une membre de réseaux : LinkedIn Top Voices, Franco-British Young Leaders, Social Demain… et d’autres non officiels d’amis et mentors du travail.
Pour découvrir mes autres activités et entrer en relation - oui écrivez-moi, c’est en parlant avec vous que je progresse ! :
M’ajouter sur Linkedin
Organiser un échange ou une conférence en m’écrivant à jasmine.manet@gmail.com
(re)Découvrir le podcast Vocation, dont la nouvelle saison sort fin mai après 3 ans de pause
Découvrir tous les travaux de Youth Forever, l’association que j’ai co-fondée et dirigée depuis 3 ans
Découvrir ma contribution à la BD Travailler Demain écrite par Muriel Pénicaud, Mathieu Charrier et Nicoby aux éditions Glénat, en librairie depuis le 9 avril
A dans deux semaines et deux jours fériés,
Bonne fête !
Jasmine